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« Récolte de fonds - fabrique d’église » - Texte humoristique et réaliste proposé par M. Jacques Rommelaere.


"Mais que diable font-ils de tout notre pognon ?


Vous connaissez cette tradition établie par les fabriques d’églises. Tradition qui revient périodiquement, de manière lancinante et qui, sans vouloir mais en voulant, sans y toucher mais en frappant fort, consiste à nous dire « le coût de la vie en regard des fonds récoltés » et d’ajouter, dans un langage subliminal : peut faire mieux, sous-entendu, vous, nous, tu, je.

Chaque année, que dis-je, plusieurs fois par an, nous déposons, un peu forcés, des cents et des mille ou plutôt des milliers de cents ou centimes dans de jolies corbeilles à pain que d’aimables et souriants collecteurs d’impôts, je veux dire de fonds, soumettent à nos regards désespérés ou affolés.

 

  • Mais que diable faisons-nous en ces lieux où notre bon argent, gagné à la sueur de notre front, semble dilapidé sans aucun égard ?

Guidé par vos pensées interrogatrices, je me suis autoproclamé expert comptable pour apporter de la transparence à ces obscures fabriques d’églises.. J ai remué terre…. et ciel, il va sans dire, afin de rechercher où était englouti notre patrimoine. J’ai fouillé, remué, perquisitionné : presbytère, église, salle paroissiale, bars et arrière-cuisines et surtout « la fabrique ». J’ai interrogé des Jean et des Pierre, des Alain, Roger, Camille et bien d’autres que j’ai mis sur la sellette. Toujours la même hantise : que fabrique-t-on dans cette fabrique… à part des dettes !!! Ce jour enfin, je vous soumets le résultat d’une laborieuse enquête avant de vous proposer un plan de restructuration drastique.

  • Le coté rassurant

Non, je peux vous l’affirmer, la vaisselle de Jean-Pierre n’est pas en vermeil.

Non, la douche d’Alain le trésorier, n’est pas en or.

Non, Jean ne roule pas en voiture de fonction,

Non, le diacre n’a pas reçu d’insentive, de stock options ni de parachute doré  en cas de licenciement,

Non, dans les caves, à part le Sauterne et le Montbazillac, pas d’autres grands crus.


 Enfin non, la rémunération ou les gages de la chef de chœur, des choristes, des enfants de chœur, des équipes paroissiales et celles du trésorier et de  l’organiste n’atteignent pas des sommets à la Nethys …….quoique, vu la qualité de leurs prestations je crains devoir m’attendre à quelques revendications.
Déjà des fonctions comme celles de sacristain, de souffleur, de sonneur de cloches, de porte croix, de bedeau et de suisse ont été rassemblées. Je passe aussi sur les suppléments octroyés au curé, vicaires, prêtres auxiliaires, et autres prédicateurs,….
Non, je dois l’avouer, je n’ai rien trouvé de probant.
Il est vrai que je n’ai pas voulu entrer dans une polémique sur le rendement ou l’efficacité d’un chacun dans cette fabrique. J’aurais pu éventuellement gagner encore un ou deux postes. Mais nous verrons plus tard.

   

  • Le côté inquiétant :

 Oui, il faut le reconnaître, la fabrique a des charges.

Si le coût du nettoyage, des réparations, des entretiens de l’orgue, de la chaudière, les frais d’éclairage, de chauffage, d’électricité, les achats  de micros, d’ampoules, de bougies, d’hosties, de chandelles, de cire, d’encens, la décoration florale, l’entretien des vases sacrés, des ornements, le blanchissage et la réparation du linge, les frais administratifs,


si ces coûts ne sont pas énormes, il ne sont pas rien. Et comme disait Raymond Devos, si le coût n’est pas rien, c’est qu’il est au moins deux fois rien, càd quelque chose ou trois fois rien càd beaucoup.
Mais la réalité est ailleurs. Le vrai problème ce ne sont pas les dépenses qui sont trois fois rien, la vraie question ce sont les recettes qui sont une fois rien.


Faites le compte …. C’est le « fonds » qui manque le plus.            

 

  •  Mais que diable, pourquoi cette fabrique, fabrique-t-elle des églises ? et donc des dettes ? Pour qui ? à qui le crime profite-t-il ?

Confiant et plein d’espérance j’ai interrogé le Seigneur des lieux, Notre Seigneur.
In fine, c’est lui le responsable. Pas d’église, pas de fabrique, pas de dette.
Vous Le connaissez bien, sa réponse fut douce et amusée, toute simple :
Moi, me dit-il, Je ne t’ai rien demandé.
Ce n’est pas Moi qui ai le corps fragile pour devoir m’abriter.
Ce n’est pas Moi qui grelotte ou transpire, qui voit mal dans l’obscurité et dans la lumière, qui entend mal dans le bruit et le silence, qui ai peur   du soleil et de la pluie, qui M’enferme au lieu de randonner.
Non, non et non, ces dépenses, cet abri, cette fabrique c’est pour vous  aux corps si fragiles et aux cœurs si résistants.
Alors, oui d’accord, me dit-Il un peu malicieux, d’accord pour cet investissement immobilier peu rentable à une condition :
Que ce soit pour soigner vos maladies de cœur. Vous avez tous besoin  de fameux pontages.

Voilà, vous savez tout . Avec le Seigneur le dialogue est direct, à cœur ouvert, inutile de se mettre à l’abri.


A vous, Bougeois, je vous le dis carrément : donner, se donner, c’est carrément bon, pour nous, pour le Seigneur et….la fabrique.

 

Temps oral : 5’ à 6’  -   Jacques Rommelaere